Comme elle m'a fait rêver cette échoppe quand j'allais chercher mon Chouchou de l'époque à son appartement : la Droguerie Aimé Lenlacé, en haut de la rue de Belleville - Métro Jourdain : 1989-1992
Une fois la Fiat Panda essence garée, tout mon être se synchronisait avec la petite boutique à l'angle de la rue : c'est pour cette fois, Aimé Lenlacé!
Et puis on descendait.
Fallait lui donner le steak façon côte de bœuf et restau tous les soirs plutôt version Brasserie le Balzar, la Coupole ou la Closerie des Lilas. Au Studio, le restau Mexicain branché du Marais où on se kiffait-là à la téquila dans des nuées d'herbe. Chez Sizin souvent aussi, le turc plus bas dans la rue de Belleville où tu avais beau être brune, on t'appelait "Catherine Deneuve"... Une annexe de Sizin a pris ses quartiers à Saint-Georges plus tard dans le 9ème et on y mangeait bien aussi dans un cadre bien plus classique, sans chiottes à la turque.
Ah!!, la droguerie Aimé Lenlacé, rue de Belleville - Métro Jourdain 1989-1992!
Paris était un poème.
A chaque pas fleurissait une évocation, la variété, une envie, un rêve.
Après la première guerre mondiale, composée des classes les plus populaires parmi les parisiens - ouvriers, artisans, veuves appauvries par la guerre - et d'exilés russes, polonais, arméniens ou grecs, tour à tour la Babel "Belleville-Ménilmuche" lieu de mixité-intégration est passée au gré des vagues d'immigration, d'Italo-portugaise et maghrébine à chinoise puis de laïque à radicalisée puis Bobo puis massacrée rue de la Fontaine au Roi à deux pas de Sizin. Et la suite.
Ah!!, la droguerie Aimé Lenlacé, rue de Belleville - Métro Jourdain 1989-1992!
Paris était un poème.
Partout les petits commerces de la rêverie aux noms évocateurs, singuliers, cosmopolites ou poétiques se sont éteints, remplacés par les Habitat, les BHV, les FNAC, les Virgin Megastore. Enfin est arrivé le grand pschitt du Net et nous voici presbytes avant l'âge, muets, silencieux, parqués les uns sur les autres dans de grands bureaux sans cloisons pour s'épier à loisir sans en avoir l'air et mesurer grandir la souffrance sans arriver à se concentrer autrement qu'en mettant le casque et la musique pour finir sourdingues dans quelques années et sûrement aveugles les yeux dans l'écran lumineux H18. Plus d'espace personnel, plus d'intimité, une tournante organisée où chacun se sait éjectable. Start-up mais ne dure pas. Je t'use, tu m'uses, on s'use. Friendly... Entre Vergetot et Goderville. Du côté d'Amazon, à quelques pas de l'Assec sensitif généralisé et de l'acronyme roi.
Jamais vu autant d'aveugles dans le métro que ces deux derniers mois à la station Duroc.
Et toute cette misère allongée sur les quais à toutes les stations.
#objectifStationF
Ah!!, la droguerie Aimé Lenlacé, rue de Belleville - Métro Jourdain 1989-1992!
Paris était un poème.
